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Dans l'actualité des ...

 12 février

Vendredi
12 février 1897

LA MURAILLE DE CHINE

On s'occupe beaucoup en ce moment au Palais-Bourbon de la condition des étrangers résidant en France. Déjà on les a astreints à des déclarations de séjour que l'on n'exigeait pas autrefois. Un projet ministériel tend à sanctionner cette obligation par des pénalités assez sévères. Mais certains députés vont plus loin ils demandent, les uns, que l'on n'admette les immigrants, temporaires ou non, aux frontières que sur la production de pièces établissant leur moralité; les autres, qu'on les frappe d'une taxe fiscale.

Nous trouvons que nos législateurs s'engagent par là dans la voie de l'arbitraire et d'u particularisme imprévoyant. Que l'on arme nos fonctionnaires et nos officiers de police de tous les pouvoirs nécessaires pour exercer une surveillance efficace sur le mouvement des voyageurs à l'entrée de la France, et même sur la masse des artisans ou des ouvriers qui viennent chez nous chercher du travail ou tenter la fortune, rien de mieux. Mais isoler la France du reste du monde par une restriction du droit que les honnêtes gens et même les autres ont d'y pénétrer, ne trouvez-vous point cela excessif ?

Si les étrangers commettent des délits sur notre territoire, nous avons, Dieu merci, assez de magistrats et dé gendarmes pour les réprimer et lès punir; mais entourer notre pays d'une barrière morale qui en prohiberait l'accès, c'est contraire à nos traditions, à notre génie de nation franche et ouverte c'est imiter la Chine, à laquelle, sans le savoir, nous nous efforçons de ressembler de plus en plus. La fameuse muraille, moins efficace et résistante d'ailleurs qu'un règlement administratif, n'a pas sauvé la Chine des invasions ni des révolutions intérieures, mais elle a contribué à la figer dans cette immobilité stupide dont elle se meurt.

Avec des mandarins et nous en avons de toutes les couleurs sous le nom de fonctionnaires avec l'abus des examens et le culte des diplômes qui fleurissent aussi chez nous, un peuple a tout ce qu'il faut pour périr par l'inaction. La construction de la muraille prohibitive complèterait le système. Défions-nous-en restons un peuple accessible, sociable, ouvert aux échanges et aux relations d'affaires qui amènent les échanges et les renouvèlements d'idées, et, au lieu de nous enfermer dans une cellule ou dans une cave, ouvrons les portes et les fenêtres toutes grandes pour laisser entrer l'air, la lumière et la liberté.

Le Figaro - 12/02/1897

Au cours de la séance qu'elle a tenue hier, l'Académie française a tiré au sort les quatre membres qui, conjointement avec le bureau, prendront connaissance jeudi prochain du discours de réception de M. le marquis Costa de Beauregard et de la réponse de M. Edouard Hervé. Les noms sortis de l'urne sont ceux de MM. Henry Houssaye, Thureau-Dangin, de Heredia, comte d'Haussonville.

La réception officielle du marquis Costa de Beauregard aura lieu le jeudi suivant 25 février.

L'Académie française a fixé au 1" avril l'élection de deux membres en remplacement de MM. Jules Simon et Challemel-Lacour.


La Chambre devra se prononcer prochainement sur une question qui a déjà fait répandre des flots d'encre: Faut-il établir des tourniquets aux portes des musées nationaux?

La Commission du budget vient de répondre Oui. Et elle propose de faire payer la modeste somme d'un franc aux Parisiens et aux touristes qui visiteront les musées du Louvre, de Versailles et de Saint-Germain, mais en maintenant l'entrée gratuite les dimanches, jeudis et jours fériés.

Ces recettes serviront à enrichir nos collections, en procurant à ces musées un supplément de ressources.

Mais la Commission du budget propose et la Chambre dispose. Il semble bien que l'affaire ne soit pas encore tout à fait dans le sac.

 13 février

Samedi
13 février 1897

Le prince Henri d'Orléans a été présenté hier au Caire, en audience au khédive par M. Gogordan, ministre de France.


M. Eugène Henry, secrétaire de la Société d'encouragement au bien, est nommé consul de Perse à Paris.


M. Boucher, ministre du commerce, présidera, mercredi prochain, au Grand-Hôtel, le banquet de l'Union céramique et chaufournière de France.


Les examens écrits pour l'École polytechnique auront lieu les 10, 11 et 12 juin. Les examens oraux du premier degré commenceront le du même mois.


Ce soir, à neuf heures, sous, la présidence de M. Paul-Deschanel, vice-président de la Chambre, M. Sauvaire-Jourdan, docteur en 'droit, fera, à l'hôtel des Sociétés savantes, une conférence sur l'évolution des idées économiques en Allemagne au dix-neuvième siècle.


Joyeux soupeurs, charmantes soupeuses qui, cette nuit, auprès le bal de l'Opéra, envahirez les restaurants à la mode, songez à votre estomac, n'oubliez pas l'eau de Saint-Galmier, la meilleure et la plus digestive des: eaux de table.


Le deuxième secrétaire de l'ambassade de Russie à-Paris, M. le baron de Koviff, va passer en qualité de premier secrétaire à la légation de Copenhague.


Le service de statistique municipale a compté pendant la cinquième semaine 1,120 décès, chiffre voisin de la moyenne. On remarque l'augmentation des maladies de l'appareil. respiratoire.On a célébré à Paris 376 mariages et enregistré la naissance de 1,022 enfants vivants 517 garçons et 505 filles.


Par ces temps de froid, de gelée, de brouillard, il est bon de se rappeler que les meilleurs adoucissants pour la gorge et les bronches sont la pâte Regnauld et le sirop Regnauld.


Mme Pottier, âgée de quarante-neuf ans, a été trouvée morte, hier matin, dans son logement, cité des Bluets.


On commence à comprendre la nécessité de la toilette journalière intérieure, aussi indispensable que l'autre, et c'est avec raison que l'illustre Docteur Burggraeve a basé son système de longévité sur ce rafraichissement quotidien par l'emploi du Sedlitz Numa Chanteaud. Mais n’allez pas confondre avec d'autres préparations, et exigez, avec le portrait du Dr Burggraeve, le nom de Numa Chanteaud sur le flacon carré (2 francs le flacon, 1 franc le 1/2 flacon).


Conseil pratique

Ce conseil pratique, nous nous plaisons à le renouveler pour éviter au public toute déconvenue. Lorsque vous demandez de l'eau de Vichy, soit au restaurant soit ailleurs, il ne suffit pas de le faire d'une façon générale, il faut encore bien préciser le nom de la source Célestins, Grande-Grille ou Hôpital.

C'est là le meilleur moyen de vous assurer que vous buvez de l'eau de Vichy-État, pourvue de toutes ses vertus curatives.

 14 février

Dimanche
14 février 1897

Funeste accident.

Un accident mortel causé par |les émanations d'une fosse d'aisances a eu lieu hier, au bois de Boulogne.

A la porte de Suresnes, pavillon Fournier, habitait, avec sa femme et ses deux enfants, le garde Félix Branche, âgé de cinquante-neuf ans. Hier matin, six heures, le fils Branche, étant entré dans la chambre de ses parents, a senti une odeur épouvantable le prendre à la gorge; il ouvrit immédiatement la fenêtre et, courant au lit, il a trouvé sa mère râlant et son père ne donnant plus signe de vie.

Il appela aussitôt au secours, et, grâce aux soins énergiques qui lui furent prodigués, Mme Branche fut rappelée à la vie mais tous les efforts furent impuissants à ranimer M. Branche. L'état de Mme Branche est très grave, mais, à moins de complications, on espère la sauver.

En présence d'une pareille catastrophe, on se demande pourquoi les architectes chargés de la surveillance des établissements de la ville de Paris ont si peu souci de la vie de leur personnel, car ils ne devraient pas ignorer l'état défectueux de la fosse d'aisances.


M. le baron Korff, le sympathique deuxième secrétaire de l'ambassade de Russie à Paris, passe à la légation de Copenhague en qualité de premier secrétaire. Son départ de Paris sera vivement regretté dans le monde diplomatique et dans la haute société, où il ne compte que des sympathies.


Le Parlement recevra demain un Livre jaune sur les affaires d'Orient.

A ce propos, beaucoup de personnes peu instruites des usages parlementaires, ce qui n'a rien ne déshonorant se demandent ce que sont exactement le fameux Livre jaune et le non moins célèbre Livre bleu.

Les documents officiels relatifs aux affaires intérieures de la France sont distribués au Parlement sous couverture bleue; ceux qui ont rapport aux affaires extérieures sont habillés de jaune. L'usage du Livre bleu et du Livre jaune remonte au début du règne de Napoléon III.

Necker avait publié pourtant dès 1781 des comptes reliés en bleu, et qu'on appela les « contes bleus ».

Aujourd'hui, outre le Livre jaune et le Livre bleu, nous avons le Livre blanc, registre des saines lois et des réformes utiles, dont les pages sont vierges.


Encouragé parle succès de la première représentation de la Nativité à l'ancien Théâtre moderne, M. l'abbé Jouin, curé de Saint-Médard, a demandé à S. Exc. Mgr Clari, nonce apostolique, par l'intermédiaire de Mgr Gelli,- auditeur de la nonciature et ami personnel de l'auteur, de daigner présider la prochaine audition de sa pastorale, qui sera donnée en matinée aujourd'hui.

Mgr Clari a accédé à ce désir.

Nous croyons savoir, d'autre part, que des démarches seront faites auprès du cardinal Richard en vue d'obtenir de Son Éminence, pour l'une des représentations qui suivront, la même faveur.


La question des chemises de troupe est, paraît-il, résolue.

Le ministre de la guerre a prescrit l'adoption de la flanelle, réclamée par tous ceux qui s'intéressent aux soldats. Ajoutons que M. Jules Baudot, de Bar-le-Duc, est l'inventeur du tissu qui, par ses qualités et son bon marché, a été jugé digne d'être adopté.


Aujourd'hui dimanche, au Palais Sport, grande fête scolaire à deux heures de l'après-midi. Nombre d'attractions originales figurent au programme séance de patinage avec le « patin-bicyclette » par deux jeunes Américaines; travaux d'adresse par le cycliste Maurice intermèdes burlesques par une troupe de clowns; grande farandole cycliste etc, etc. L'orchestre se fera entendre pendant toute la durée de la fête.


De Monte-Carlo

On remarque beaucoup, dans la coquette salle du palais des Beaux-Arts, un délicieux pastel de Mme Marthe Marlef, Juliette (effet de lumière). C'est une étude originale de tête de jeune femme, éclairée ingénieusement de rouge et de rose, où la variété des tons chauds s'opposant à des teintes grises et violettes produit le plus heureux effet.


Pastilles Poncelet

N°3 ― Le feuilleton du journal

 Mgr Espérandieu était un prélat

Mgr Espérandieu était un prélat courageux, mais prudent. Il voulait défendi'e son clergé, pourtant il voulait savoir pourquoi et comment il était attaqué. Il ouvrit la porte de son salon et passant dans la pièce voisine, qui servait de bibliothèque et d'archives, il chercha du regard son secrétaire. Debout devant la fenêtre ouverte, le jeune abbé s'occupait à émietter un morceau de pain aux nombreux pierrots qui nichaient dans les trous des vieilles murailles de l'Évêché. Un air doux montait du jardin et les tilleuls en fleurs embaumaient; dans les branches c'était une poursuite gazouillante et voletante. Et le prêtre, éclairé par un rayon de soleil, continuait sa distribution avec placidité, sans se douter que son maître, sou- riant à la suave et pure harmonie de ce tableau, se tenait derrière lui.

— Eh bien ! mon cher enfant, dit l'évêque en s'approchant, je vois que vos clients emplumés croissent et multiplient selon l'Écriture. Vous aurez bientôt à vos festins tous les oiseaux de la ville.

— Monseigneur, vous n'imaginez pas leur exigence et leur audace. Quand je ne suis pas, à l'heure exacte, prêt à leur distribuer la ration quotidienne, ils viennent frapper de l'aile et du bec aux car- reaux de la fenêtre. Et je crois que Votre Grandeur a raison : ils amènent des invités...

L'abbé ferma la croisée. Les derniers pépiements des oiseaux se perdirent dans les ramures des vieux tilleuls, et l'évêque et son secrétaire restèrent en présence dans la vaste pièce, claire et calme.

— Mon cher Richard, dit l'évêque à son favori, je viens d'avoir la visite de Mme Lefrançois toujours pour cette affaire de Favières. Vraiment le maire montre un acharnement extraordinaire contre notre pauvre curé. J'ai résisté aux sommations de ce fanatique, parce qu'il ne peut pas me convenir de paraître abandonner ma juste autorité, mais j'en suis à me demander s'il ne vaudrait, pas mieux, pour l'abbé Daniel, que je l'envoie dans une autre cure. Ce Lefrançois lui jouera quelque tour abominable, et nous compromettra tous avec lui.

Le jeune abbé Richard, appartenant par sa naissance à la noble famille de Préfont, se trouvait tout naturellement disposé à se montrer hostile aux prétentions du maire dont le ton, les manières, les tendances, choquaient ses habitudes, ses goûts et ses opinions. Il eut un sourire de dédain, et mettant dans la forme de sa réponse d'autant plus de respect que le fond en était plus hardi :

— Je m'étonne que Votre Grandeur songe à céder, sur le terrain ecclésiastique, à ce sectaire malappris. Dans la situation où vous êtes, vis-à-vis du gouvernement, vous pouvez vous offrir le luxe de la résistance. Un évêque bien pensant, rallié si l'on peut dire, doit avoir le droit de tenir tête à un tyranneau communal comme ce Lefrançois. Vous n'ignorez pas, Monseigneur, que le personnage jouit de la plus détestable réputation, encore qu'il soit par sa fortune l'homme le plus important du canton. Il a laissé à Beaumont des souvenirs détestables. Mon cousin de La Morandière affirme que le maire de Favières a fait plus d'usure que de banque, et tous les beaux fils de la ville ont perdu de leurs plumes à le fréquenter. Jusqu'à son mariage, il vivait dans la plus basse crapule. La belle hôtelière de l'Aigle-d'Or a été sa servante et la chronique scandaleuse attribue à Lefrançois les deux enfants qu'elle a eus de son union avec Regmalard.

L'évêque interrompit le jeune abbé, et avec un peu de sévérité :

— Il me semble, mon ami, que vous êtes bien au courant des racontars de la ville, et je trouve que vous les répétez avec une grande complaisance...

— Monseigneur, reprit le secrétaire en riant, je suis né dans le pays, et j'ai été élevé au milieu de ces gens-là. Il m'a suffi d'entendre parler les domestiques de mon père, pour savoir à quoi m'en tenir sur la valeur matérielle et morale de tous les habitants de la ville. J'ai une très bonne mémoire, de sorte que ces dires sont classés. Il n'y a qu'à ouvrir un casier dans mon cerveau, pour que le flot des renseignements déborde. Mais si vous désapprouvez mon langage, je me tais...

GEORGES OHNET
A suivre...
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