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SIXIEME ANNÉE N°3254

 

293ème jour de l'année

   


Samedi
20
Octobre 1897

 Le scandale des Folies-Bergère évité - 15 avril 1897

Le scandale
des Folies-Bergère évité

Une indisposition de commande.
Intervention du préfet de police. — Exhibition interdite

Le Gaulois — 15 avril 1897

Le Gaulois avait signalé avec une indignation légitime les débuts prochains, sur la scène des Folies-Bergère, de l'ex-princesse et nos confrères, convaincus comme nous du scandale formidable que cette exhibition devait fatalement soulever, nous avaient emboîté le pas. Notre juste appel a été entendu. La « débutante » ne débutera pas. Nous en sommes un peu la cause et nous nous en félicitons hautement. En cette circonstance, M. Lépine a droit à nos remerciements et nous les lui marchanderons d'autant moins qu'on sait que les fonctionnaires de la république nous donnent rarement l'occasion de les féliciter.

On lira plus loin à la rubrique du « Courrier -des spectacles » la note officielle que le théâtre des Folies-Bergère nous a adressée pour nous faire savoir que l'ex-princesse ne débutait .pas ce soir sur la scène de la rue Richer.

Cette note nous montre la débutante empêchée par un état maladif d'une certaine gravité. Il y est question d'influenza, de fièvre intense, de complication pulmonaire. A la vérité, et fort heureusement pour l'héroïne en cause, sa santé est excellente et les raisons pour lesquelles les amateurs de scandales ne. la verront pas ce soir sont à un ordre-tout à fait différent.. Les voici dans toute leur simplicité.. Hier matin, M. Marchand, directeur des-Folies-Bergère, était appelé chez le préfet de police, qui lui demandait officieusement de renoncera faire débuter celle qui sur l'affiche devait porter le nom de l'ex-princesse.

Le scandale, prétendait le préfet, serait extraordinaire et des renseignements qui lui étaient fournis, il ressortait que la débutante serait huée, qu'une foule de gens s'étaient procurés des sifflets à roulette et qu'on lui jetterait à la face des lapins vivants, des pelures de pommes de terre et d'autres objets innommables.

M. Marchand répondit au préfet qu'il redoutait autant que lui ce scandale et que si la « débutante » consentait à renoncer à ses projets de paraître sur son théâtre,  il s'en montrerait fort heureux pour sa part. D'ailleurs il craignait si fort les manifestations brutales qu'il avait interdit qu'on servit aucune consommation dans la salle et qu'il avait fait supprimer les petits bancs et les lorgnettes automatiques.

— Puisque vous partagez mon avis lui, dit le préfet, voyez l'ex-princesse, et tâchez qu'elle ne soit pas hostile à nos sages projets.

» D'ailleurs, je vais la convoquer pour ce soir, six heures, et je vous prie de revenir à mon cabinet à la même heure. »

Puis, congédiant M. Marchand, le préfet ajouta :

— Allons, je commence à croire que nous parviendrons peut-être à éviter tout scandale.

A six heures précisés, M. Marchand arrivait à l'hôtel du boulevard du Palais, où, depuis un quart d'heure, la débutante l'avait précédé. L'héroïne fut reçue la première. Le préfet fit valoir à ses yeux les motifs les plus sérieux qui devaient la détourner de s’exhiber à la foule. Comme la « débutante » semblait ne pas goûter ces raisons et qu'elle prétendait avoir le droit de débuter, le préfet lui fit comprendre qu'il ne voulait prendre officiellement aucune mesure vexatoire avant la représentation, mais que si celle-ci était scandaleuse, ce qui était absolument certain, il se verrait dans la nécessité cruelle de sévir en fermant le théâtre où elle aurait eu lieu et en invitant peut-être la «débutante » a quitter le territoire français — mesure qu'il la suppliait de ne pas l'obliger à employer.

Puis, très amicalement, très paternellement, M. Lépine insista sur des questions d'ordre privé.

Il fut éloquent et persuasif, car à six heures et demie précises, l'ex-princesse, très émue, renonçait à paraître sur la scène des Folies-Bergère.

Ce début à sensation n'aura donc pas lieu, et le scandale que nous redoutions et qui eût été plus formidable que nul ne peut le soupçonner, est heureusement étouffé.

La Presse a quelquefois du bon !

*
*      *

En quittant l'hôtel du Palais, Mme Clara Ward est rentrée à son hôtel, où à peine installée, elle a reçu la visite d'un médecin, elle n'a pas eu de peine à jouer le rôle de malade qui doit expliquer au public sa décision de ne pas paraître aux Folies, car elle était effectivement souffrante.

Le docteur a indiqué l'ordonnance suivante:
Prendre par jour, en deux ou trois fois, deux à trois cuillers à potage de la potion suivante, diluée dans un verre de tisane de mauve :

    Acétate d'ammoniaque 15 gr
    Alcool de racine d'aconit 30 gouttes
    Sirop de codéine 100 gr.
    Eau de fleurs d'oranger 40 gr.

Mme Clara Ward n'a pas décidé encore si elle resterait à Paris ou si elle repartirait pour Berlin, où des offres brillantes lui sont faites par la Belle-Alliance, un music-hall renommé sur les bords de la Sprée.

Ce que nous savons, c'est qu'aujourd'hui même l'héroïne de ce petit roman doit aller poser chez un de nos grands photographes dans le costume suggestif qu'elle devait endosser aux Folies-Bergère.

Enfin, cette tragédie finit heureusement en opérette Mme Clara Ward renonce au théâtre, en France du moins, et rentre ainsi dans la vie privée. Nous n'avons plus à nous occuper d'elle, et nous espérons bien qu'il en sera toujours ainsi.

Ajoutons que Mme Clara Ward qui s'est sagement abstenue d'envoyer du papier timbré au Gaulois aurait moins sagement décidé d'en adresser à un de nos confrères.

Maubersac

 Le mariage du sauveteur Picquet

Le mariage du sauveteur Picquet.

Un dernier écho de la catastrophe du Bazar de la charité.

Le sauveteur Picquet, dont le courage a déjà été récompensé de façons diverses, vient de convoler en justes noces. Son mariage, avec Mlle Marie Viey, a été célébré, hier matin, à onze heures, à la mairie du quatorzième arrondissement.

Pour cette circonstance solennelle, Picquet avait endossé une redingote toute neuve et portait, épinglées sur la poitrine, les médailles qui lui furent décernées en récompense de ses actes de dévouement. Au premier rang resplendissait la médaille d'honneur en or qui lui fut remise par le ministre de l'intérieur. La mariée était tout à fait charmante dans sa robe de soie noire rehaussée, au col, d'une fraise de dentelle blanche. Les témoins étaient des gardes municipaux.

Les jeunes époux ont été unis par M. Pannetier, adjoint au maire, qui, après les formules sacramentelles, a prononcé une allocution que l'assistance, peu nombreuse, a particulièrement goûtée. Voici en quels termes l'honorable adjoint s'est exprimé

Monsieur Picquet, il y a un instant, en vous lisant les articles du code civil concernant le mariage, je vous indiquais les devoirs de l'époux envers l'épouse. Permettez que je rappelle comment vous comprenez les devoirs envers l'humanité. Nous n'avons pas oublié, à la municipalité du quatorzième arrondissement, que vous êtes un des héros du Bazar de la charité nous avons admiré en vous l'homme du peuple pour lequel la vie ne compte plus quand il voit des victimes à sauver. En ce jour inoubliable, qui mit tant de familles en deuil, vous fîtes l'admiration non seulement de la France entière, mais de toute l'humanité. Combien de deuils avez-vous évités ? Combien de vies chères il. leur famille avez-vous arrachées au fléau ?

Puis, se tournant vers la jeune épouse, il a ajouté:

Madame, l'époux auquel vous venez de consentir a unir votre existence a prouvé comment il comprenait l'abnégation. Vous pouvez donc être certaine que, désormais, s'inspirant des devoirs matrimoniaux comme il s'est inspiré des devoirs envers l'humanité, il voudra vous rendre heureuse. Pour peu que vous l'y aidiez en lui rendant la tache facile, les vœux que je fais jour votre bonheur commun seront facilement réalisables.

Des murmures d'approbation ont accueilli ce petit speech. La cérémonie religieuse a été célébrée à l'église Notre-Dame de Plaisance, décorée de drapeaux tricolores. La soirée s'est terminée par une fête donnée aux jeunes époux dans un établissement de Plaisance et dont la Société des sauveteurs de la Seine a fait les frais.

Le Matin – 26 sept. 1897

L'actualité dramatique

 Un drame montmartrois

Un drame montmartrois.

Ils se connaissaient depuis leur enfance la plus tendre, et les habitants du versant nord de la butte Montmartre se souviennent fort bien de les avoir vu jouer tous deux « au petit mari et à la petite femme » derrière les contreforts de la rue Saint- Vincent.

Ils s'étaient dit « Quand nous aurons l'âge, nous nous marierons pour de vrai. »

Paul Balbien a aujourd'hui seize ans; il habite, 4, rue Leibniz. Sa petite amie, Marie Baillon, a quinze ans ; elle demeure, avec ses parents, au n° 37 de la rue des Saules. Le jeune garçon n'avait pas tardé à se lier avec tous les petits voyous de Montmartre et autres lieux circonvoisins Des Grandes-Carrières à la Goutte-d'Or, on ne le connaissait pas très avantageusement que sous le sobriquet de Paulot.

Bref, l'année dernière, le précoce Paulot devenait l'amant d'une petite gourgandine de Montmartre, Berthe Chapuzot, qu'il rouait de coups matin et soir, histoire de s'entretenir la main, comme ses aînés du boulevard extérieur.

Il y a un mois, fatiguée de l'existence abominable que Paulot lui faisait et ayant appris que Marie Bâillon soupirait toujours tendrement pour son ami d'enfance, Berthe Chapuzot alla trouver la jeune fille et lui proposa de la mettre sur l'heure en possession du cœur de Balbien. Elle-même serait bien débarrassée. Marie accueillait cette proposition avec joie. L'était une jolie fille maintenant. Elle posait chez le peintre Dubufe, avenue de Villiers, et chez plusieurs autres artistes de Montmartre. Eu somme, elle gagnait sa vie comme modèle.

Berthe lui ménagea un rendez-vous avec Paul et lui abandonna gaiement son amant. Le petit modèle ne tarda pas à se repentir de sa folie. Paul Balbien obligea bientôt la jeune Marie à poser l'ensemble pour des messieurs vieux souvent qui n'étaient pas des peintres, et, lorsque la pauvrette refusait, les coups pleuvaient sur ses chétives épaules.

Un soir que la jeune fille et une de ses amies se trouvaient en compagnie d'un monsieur occupant une belle situation, Balbien s'était précipité sur lui en s'écriant Misérable vous accostez mes sœurs pour les déshonorer Vous ne savez donc pas qu'elles sont mineures ?

Et le monsieur, afin d'éviter un scandale, avait été obligé de dénouer les cordons de sa bourse.

Sur le conseil des peintres ses amis, Marie Baillon se décida à quitter le hideux Paulot.

Samedi dernier, elle ne voyait pas Paul Balbien. Ce dernier allait l'attendre, avenue de Clichy, et lui portait un coup de couteau au bras droit.

La victime n'osait déposer une plainte. Le lendemain, Paul rencontrait un de ses-amis, auquel il racontait complaisamment son équipée, comme s'il eût accompli un haut fait !

Tiens, voilà un revolver, lui dit l'ami tue-la Cela servira d'exemple aux autres. Paulot prit l'arme, et, hier soir, vers onze heures et demie, fallait se poster au coin des rues Lamarck et des Saules.

Lorsque la jeune fille parut, rentrant chez elle, il lui tira un coup de revolver presque à bout portant.

Marie Baillon fut atteinte au-dessus du sein gauche. On dut la transporter l'hôpital Bichat. Son état est grave.

Paulot a été arrêté et a été envoyé au Dépôt par M. Dupuy, commissaire de police du quartier des Grandes-Carrières. L'individu qui lui a prêté le revolver est activement recherché.

Le Matin – 14 octobre 1897

 Terrible accident

Terrible accident.

Un malheureux accident, qui a causé la mort de deux personnes, est survenu, hier soir, à sept heures et demie, rue de l'Université.

M. Charlet, qui gère un établissement de vin au numéro 127 de cette rue, faisait brûler de la paille dans les water-closets afin, disait-il, de détruire les miasmes. A quelques mètres de là, le concierge de l'immeuble, M. Lédard, âgé de quarante et un ans, et sa fille Marcelle, âgée de cinq ans, suivaient l'opération ; ils s'étaient placés sur la trappe même qui recouvre la fosse d'aisances.

La paille flambait joyeusement et des flammèches voltigeaient dans tous les sens, quand soudain une violente explosion se produisit. La trappe de la fosse fut violemment soulevée et M. Lédard, ainsi que sa fille, tombèrent dans le trou béant et nauséabond.

Le bruit de la détonation fut entendu de très loin ; des voisins, puis des passants accoururent.

Le gardien de la paix Baurie, du septième arrondissement, qui habite l'immeuble et qui était en train de s'habiller pour aller prendre son service, se rendit en toute hâte dans la cour et se dirigea vers la fosse où déjà des voisins avaient descendu des échelles. Le gardien Baurie se hasarda dans le trou, saisit le corps de Lédard et le remonta-à l'air libre.

Hélas ! l'infortuné concierge avait été asphyxié par les gaz délétères. Son cadavre fut transporté dans la loge. Le gardien de la paix Baurie. s'évanouit à son tour. On le conduisit aussitôt dans une pharmacie, où des soins énergiques lui furent donnés, puis on le remonta chez lui.

Bientôt arrivaient rue de l'Université MM. Danjou, commissaire de police ; Kuntzler, officier de paix, et les pompiers du poste dela rue des Entrepreneurs. On dut faire évacuer l'immeuble par les curieux qui avaient envahi la cour et le couloir et qui gênaient les opérations de sauvetage.

A huit heures seulement, un sapeur descendait dans la fosse, d'où les gaz morbidiques s'étaient évaporés, et pouvait sans danger remonter le cadavre de l'infortunée petite Marcelle.

Les corps du père, et de l'enfant portent de légères blessures. La trappe de la fosse a été brisée par la violence de l'explosion.

L'émotion soulevée dans le quartier par l'accident a été d'autant plus vive qu'au début, on a cru, naturellement, à un attentat anarchiste.

L'enquête à laquelle procèdera M. Danjou, permettra de fixer les responsabilités.

Le Matin — 31 août 1897

 RAFLE DE VAGABONDS

RAFLE DE VAGABONDS

Un charmeur de rats

La Sûreté a opéré l'avant-dernière nuit une rafle parmi les vagabonds qui cherchent un abri sous les ponts. Quarante-cinq individus ont été arrêtés. Sous le pont des Arts, les agents se sont livrés à véritable chasse à l'homme pour s'emparer des vagabonds abrités dans les ferments servant de soutien au tablier du pont. Pour ne pas tomber dans la Seine, les malheureux qui passent la nuit sous ce pont s'accrochent avec leur ceinture et leurs bretelles. Lorsqu'ils ont vu les agents, ils se sont sauvés d'arche en arche pour gagner l'autre rive, mais des agents les y attendaient et les ont capturés au fur et à mesure de leur arrivée.

Parmi les individus arrêtés se trouve un type très curieux, un nommé Émile Schwartz, âge de quarante ans, qui est sans domicile depuis vingt ans. Schwartz qui parcourt la France à pied, de village en village, est un barnum d'un nouveau genre. Il montre des souris blanches et des rats, qu'il loge sur sa poitrine, au-dessus de la ceinture de son pantalon. En même temps que lui, les agents ont amené à la Sûreté ses pensionnaires. Une odeur insupportable due aux croûtes de fromages avariées et aux fruits gâtés dont Schwartz nourrissait rais et souris, s'échappait des poches du vieux vagabond.

Quand on a fouillé Schwartz, les inspecteurs durent sortir de leur asile rats et souris et les déposer à terre. Chose curieuse, aucun de ces animaux ne se sauva et tous se groupèrent autour de leur maître. Ils attendirent derrière la porte du cabinet de M. Cochefert que leur maître sortit de chez le chef de la Sûreté.

Schwartz a été remis en liberté hier matin, et il a quitté la Sûreté avec ses rats et ses souris, qui y avaient trouvé un asile momentané.

Le Gaulois — 10 septembre 1897

Dans l'actualité du ...

 18 octobre

Lundi 18 octobre 1897

À l'heure présente fait route vers la Russie un volumineux bagage de souvenirs destinés par le président de la République à ceux des sujets du tsar qui l'ont comblé, là-bas, de présents et de gracieusetés.

Les hommes recevront la photographie de M. Félix Faure, soulignée d'un fac-simile de sa signature; les dames, des broches en fil contenues dans des écrins de velours timbrés aux initiales F. F, avec l'ancre de marine.


FRANÇOIS-JOSEPH A BUDAPEST

Budapest, 18 octobre. L’empereur-roi a reçu aujourd'hui une délégation de la ville de Budapest, qui lui a exprimé la gratitude respectueuse de la ville pour sa décision d'ériger à Budapest dix monuments à des Hongrois célèbres.


LORD SALISBURY

Londres, 18 octobre. Le Daily Chronicle croit à un prochain remaniement ministériel, lord Salisbury désirant se retirer pour des motifs de santé.


Londres, 18 octobre. Une note officieuse communiquée aux journaux dément la nouvelle, publiée aujourd'hui par le Daily Chronicle, suivant laquelle le marquis de Salisbury allait donner sa démission par suite du mauvais état de sa santé.

Cette assertion est complètement dénuée de fondement.


M. COCHERY A BRUXELLES

Bruxelles, 18 octobre. Au cours du séjour à Bruxelles du ministre des finances de France, le roi a invité M. Cochery à dîner au palais royal.

Le roi a saisi cette occasion pour dire de nouveau au ministre français qu'il conservait de l'accueil qu'il avait reçu dernièrement à Paris le souvenir le plus agréable.

M. Cochery, avant de repartir pour Paris a longuement visité, ce matin, l'Hôtel de Ville.


CHOULALONGKORN A MADRID

MADRID, 18 octobre. Un concert en l'honneur du roi de Siam a lieu, ce soir, au palais royal.


Un fou rue Montmartre

La rue Montmartre était mise en émoi, hier matin, vers dix heures plusieurs détonations retentissaient au sixième étage du numéro 132, et un chat éventré venait s'abattre sur la chaussée.'

Les gardiens de la paix pénétraient dans l’immeuble et arrêtaient un sieur Paul Flament, employé de commerce, qui ne se résolut à quitter son logement qu'armé d'un revolver et d'un sabre de cavalerie. Flament fut conduit au commissariat, de police de la rue d'Aboukir.

Il raconta à M. Landel, commissaire, que son chat avait avalé, il y quinze jours, un « graphophone » et que, depuis lors, il se permettait, grâce au maudit instrumentas t'injurier et de lui rappeler des choses, fort désagréables.

M. Landel a conseillé à l'employé d'aller consulter M. Bertillon, et le fou est monté dans un fiacre, qui l'a conduit à l'infirmerie du Dépôt.


Un brave commissionnaire de la rue Notre-Dame-de-Nazareth, le père Grosset, demeurant au numéro 16 de la rue, s'est donné la mort, hier, en se pendant au ciel de son lit. Pourquoi ? On l'ignore !


Le baron de Courcel, ambassadeur de France à Londres, est allé, avant-hier soir, à Rambouillet, pour rendre visite au Président de la République, qui l'a retenu à dîner.

M. Félix Faure a donné hier une chasse, dans les tirés de Rambouillet, aux officiers supérieurs de la garnison.


LES CAFÉS CARVALHO

Nous sommes au siècle des falsifications il faut donc signaler les produits sains et purs, surtout quand ils font partie de l'alimentation universelle.,

Les cafés Carvalho, livrés en boites cachetées, sont de ces produits-là, on ne saurait trop le répéter arome exquis, pureté absolue, ce sont leurs principales qualités. Bien exiger le nom et la signature sur chaque boîte.

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 19 octobre

Mardi
19 octobre 1897

Le président de la République quitte Rambouillet ce matin, à six heures, pour rentrer s'installer a l'Élysée. Mme Félix Faure et Mlle Lucie Faure ne partiront que demain.


Nos ministres.

M. Méline, président du conseil, a accepté la présidence d'honneur de la Société des amis de Jules Ferry, constituée à Saint-Dié, dans le but de perpétuer à travers les générations le souvenir de l'ancien ministre de l'instruction publique et d'assurer le dépôt d'un couronne sur sa tombe à chaque anniversaire de sa mort.


A TRAVERS PARIS

L'explosion d'acétylène.

M. Cousin, chez qui s'est produite, à Nogent, l'explosion dont nous avons parlé, nous prie de dire que l'accident est dû à un robinet de l'appareil laissé ouvert par négligence. Une légère explosion s'est produite, sans aucune conséquence, grâce à la bonne confection de cet appareil.


A l'improviste.

Un employé de commerce, M. Renaud, marié depuis peu, accomplit actuellement une période de vingt-huit jours à Beauvais. Dimanche matin, il obtenait une permission de vingt-quatre heures et rentrait à l'improviste chez lui, dans le quartier du Mail. Il trouvait un individu agenouillé aux pieds de sa jeune épouse, et, sans autre forme de procès, sortait un revolver de sa poche et faisait feu sur l'intrus, qu'il blessait à l'épaule gauche.

La victime, un blanchisseur de Vanves, était occupé à compter le linge de la maison. Il a porté plainte contre le mari jaloux, lequel sera poursuivi pour coups et blessures.


Oiseaux au poste.

Plus de quatre cents oiseaux étaient saisis, hier, au marché aux Fleurs, en vertu de l'ordonnance de police sur la chasse qui interdit la vente et le colportage des oiseaux de taille inférieure à celle de la caille, de la grive et du merle, et étaient mis en fourrière au commissariat de police du quartier Saint-Merri.
M. Lawaill, commissaire de police, après avoir verbalisé contre les colporteurs, rendait à la liberté chardonnerets, rossignols et fauvettes, qui se sont réfugiés d'abord sur les arbres du quai de Gesvres, puis ont gagné les vertes campagnes.


Nous croyons être utiles à ceux de nos lecteurs qui sont en voie d'installation par suite de déménagement en leur rappelant qu'ils trouveront dans les immenses agrandissements des grands magasins Dufayel des milliers de mobiliers toujours prêts à être livrés, un grand choix d'étoffes d'ameublement, de tapis, d'articles de chauffage, d'éclairage et de ménage, et une collection magnifique de plats hispano-arabes authentiques.

Demain jeudi, il sera offert à toute personne assistant à une séance du cinématographe Lumière suivie de conférence et d'expériences sur les rayons X, au moyen de la lorgnette humaine de l'ingénieur Séguy; un étui de suprêmes Pernot et un échantillon de Dentol.


De Rome

« La saison a commencé de bonne heure pour le Grand-Hôtel où l'on remarque, à côté de nombreuses familles italiennes, d'aristocratiques étrangers qui s'apprêtent à s'installer pour l'hiver. Parmi les dernières arrivées, M.Vladimir Ratkow, maire de Saint-Pétersbourg, avec toute sa famille. »


De Biarritz :

« C'est une bien heureuse invention que cette passerelle couverte qui relie aux Thermes l'hôtel de Biarritz-Salins Elle rend les communications particulièrement faciles et elle évite aux baigneurs les changements de toilette si nuisibles à l'effet du traitement chloruré sodique.»


Eau de Saint-Galmier

Les variations tout à fait extraordinaires de la température actuelle réveillent bien des indispositions que l'on croyait finies avec l'été. De même qu'en août, on boit n'importe quoi, et l'on paye cher cette insouciance. Il serait si simple de ne jamais oublier la reine des eaux de table, la délicieuse eau de Saint-Galmier, dont la réputation demi-centenaire survit à toutes les concurrences, grâce à ses vertus reconnues.

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A. ALLAISLe bon mot
d'Alphonse Allais

 Si je croyais aux sorts, je dirais qu'on m'en a jeté un.


336. Le Président de la République avait inauguré le 3 mai 1897 la 19ème exposition des Aquarellistes français, installée cette année-là dans la Galerie des Champs-Elysées. En l'absence de M. Vibert, président de la Société, empêché par son deuil récent, le vice-président, M. Dubufe, assisté des membres du Comité, avait fait les honneurs de l'exposition au Président et à Mlle Lucie Faure-et leur avait présenté les artistes exposants.
On signale de Lucerne l'arrivée du général Draper, le nouvel ambassadeur des États-Unis à Rome. Il s'est installé é l'hôtel National, séjour préféré de la haute société internationale.
 A Montmartre

A Montmartre

Montmartre est au-dessous de ses affaires. On parle d'un huissier qui se disposerait à saisir la Butte.

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 La Migration de Paris.

La Migration de Paris.

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Le drame de Saint-Denis.

Un drame terrible vient de se passer, rue du Corbillon, à Saint-Denis.
Au n° 11 de cette rue, dans un petit logement composé de trois pièces habitait la famille Charmillon, composée du mari, Émile Charmillon, âgé de trente ans, employé à la Compagnie du Nord ; de sa femme, blanchisseuse, âgée de vingt-sept ans, et de leur fille Blanche, âgée de trois ans.

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Courageux militaire

Le capitaine Tupinier, appartenant au 94e régiment de ligne, achevait de déjeuner dans l'appartement qu'il occupe, 94, rue Lafayette, au cinquième étage, lorsqu'il entendit marcher à l'étage supérieur, dans la chambre de sa domestique.

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 C'ÉTAIT DONC LUI !

C'ÉTAIT DONC LUI !

Les experts ont trouvé — la chose est vraiment neuve,

Mais comme ils sont très forts ils en feront la preuve —

Que tous les vers parus sur le fameux Congo

Sont écrits par Dreyfus, qui les vend aux journaux.

Un graphologue au savonnier Vaissier

Nouvelles à la main

Entre députés:

Entre députés:
— Eh bien, vous savez la nouvelle? Notre ami Doumer.
— Que lui arrive-t-il encore?
— Désireux de faire complètement peau neuve, il abandonne jusqu'à son nom. En partant pour l'Indo-Chine, il s'appellera Paul Doutremer.

Petit dialogue dédié à la Commis

Petit dialogue dédié à la Commission spéciale:
— Paris est insupportable, en été, à cause des odeurs.
— J'en sais quelque chose. J'ai sous mes fenêtres un égout qui sent bien mauvais de la bouche !

 A la Galerie des Machines

A la Galerie des Machines, hier, après l'exécution de la Vie pour le Tsar, un assistant qui n'a pas quitté de l'œil le chef de musique, à son voisin :

— Je n'avais jamais vu battre la mesure en russe… c’est très curieux !

 Un mot d'enfant bien nature, entendu au parc Monceau

Un mot d'enfant bien nature, entendu au parc Monceau.
Le jeune Popaul, quatre ans, est en train de battre le jeune Toto, deux ans :
— Eh bien voyons, fait un passant, tu n'as pas fini de battre ce pauvre petit ?
Alors Popaul tout surpris
— Mais c'est mon petit frère!

 Les deux adversaires se rendant

Les deux adversaires se rendant au lieu de rendez-vous dans le bois de Vincennes, se rencontrent au guichet de la gare de la Bastille.

X... demande un billet aller et retour.

― Vous êtes donc bien sûr de revenir ? dit Z... narquois.

— Absolument sûr.

— Alors je vous fais des excuses, poursuit Z... subitement radouci.


Echos et nouvelles

 Et la pluie continuait de tomber

Et la pluie continuait de tomber !

Depuis que le pluviomètre à l'usage des observatoires a été inventé, c'est-à-dire depuis plus de deux cents ans, il ne s'est jamais rencontré, paraît-il, un mois de septembre aussi mouillé qu'en l'an de grâce 1897.

Aussi les météorologistes sont fort embarrassés d'expliquer ce phénomène. Songez donc que l'observatoire de la tour Saint-Jacques a enregistré dans l'après-midi d'hier, de midi à trois heures seulement, 10 millimètres d'eau ! Cela représente une moyenne de 100 mètres cubes d'eau par hectare.

On essaye de nous consoler en nous rappelant le souvenir de journées plus désagréables encore, celle du 10 septembre de l'année dernière, par exemple, qui, par suite d'une trombe, de funeste mémoire, nous gratifia de 50 millimètres d'eau dans le court espace de deux heures et demie. Mais toutes ces consolations ne valent pas un bon parapluie !

Le Gaulois — 7 septembre 1897

 Une sépulture bien gardée - 1897

Une sépulture bien gardée.

Afin de préserver la tombe de M.Pullmann le riche constructeur de wagons, de toute profanation de la part de ceux de ses ouvriers qui pourraient lui garder rancune de son attitude lors de la grève de 1894, le cercueil, hermétiquement clos, a été recouvert d'une couche d'asphalte d'un pouce d'épaisseur. Le tout est entouré d'un système de poutres en acier, boulonnées solidement, et autour desquelles a été coulée une masse épaisse de béton, de sorte que le tout ne forme plus qu'un seul bloc d'une solidité à toute épreuve, inattaquable à la dynamite et capable de résister, assure-t-on, même à un tremblement de terre.
Le créateur des wagons-salons avait doté sa fille, miss Florence, qui fut sur le point d'épouser un prince d'Isemburg-Birstein d'un emploi facile et largement rétribué. Moyennant 50,000 francs par an, elle était chargée de baptiser toutes les voitures sortant des ateliers de la compagnie.

Le Matin – 28 octobre 1898

 LA GUERRE SANS EFFUSION DE SANG - 1897

LA GUERRE
SANS EFFUSION DE SANG

De nombreux romanciers écrivant spécialement ad usum juventutis ont souvent fait intervenir, dans le récit d'héroïques combats très invraisemblables, l'usage de gaz soporifiques qui réduisent à l'impuissance l'un ou l'autre des belligérants. Ce rêve serait-il sur le point de devenir une réalité ?
On annonce, en effet, qu'un humble chimiste de Varsovie, nommé Simon Pavlowski, a découvert un nouvel anesthésique jouissant des plus merveilleuses propriétés. L'inventeur assure que lorsque ses obus inoffensifs, à enveloppe de gélatine et chargés de gaz, feront explosion sur un champ de bataille, les combattants tomberont doucement et instantanément sur le sol, en proie , à une profonde léthargie d'où ils ne sortiront qu'au bout de quinze heures, sains et saufs, mais sans armes, sans drapeaux, sans bagages, et prisonniers de leurs adversaires.
Cela ne vaudrait-il pas mieux que la future charcuterie à la mélinite ?

APL - 28 novembre 1897

 Un exemple à suivre - Fig. 15 mai 1897

UN. EXEMPLE A SUIVRE

Le maire de Courbevoie, M. Boursier, vient d'avoir une idée très heureuse et il serait à désirer que ses collègues des autres communes suburbaines de Paris suivissent son exemple.
M. Boursier a fait installer une « chambre de secours a dans les locaux nouvellement aménagés du commissariat de police. Le but poursuivi est d'y recevoir les personnes blessées sur la voie publique et de leur donner les premiers soins qu’exige leur état. Si la blessure ne présente qu'une gravité relative, les soins sont donnés à la victime par les agents du commissariat, dont le docteur Ramonat, de la Société de sauvetage, a fait d'excellents infirmiers. En revanche, le cas est-il très sérieux, on appelle par téléphone un médecin et, s'il y a lieu, une voiture des Ambulances urbaines pour transporter le malade à l'hôpital ou chez lui, s'il le demande. Inutile d'ajouter que l'aménagement de cette « chambre de secours » a été combiné de la façon la plus intelligente et dans des conditions d'hygiène ne laissant aucune place à la critique.
La municipalité peut être fière de cette œuvre appelée à rendre de si grands services à la population.

Le Figaro - 15 mai 1897

 La peur des mots - 1897

La peur des mots.

La petite ville de Saint-Etienne-de- Saint-Geoirs (Isère), dont le maire est un député radical répondant au nom parfaitement inconnu à Paris d'Octave Chenavaz, a eu l'autre jour, comme à peu près partout sa petite fête au bénéfice des enfants pauvres.

Seulement radicalisme oblige la petite fête qui, partout ailleurs, s'intitulait « arbre de Noël», fut étiquetée, à Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs, «arbre du jour de l'an ».

C'est ainsi que, à Paris, les étudiants libres penseurs, et aussi, sans doute, quelques étudiants libres farceurs, baptisent « boul' Mich' » le boulevard Saint- Michel et rue Le la rue Monsieur-le- Prince.

Ces fantaisies rappellent un peu avec beaucoup moins d'esprit la réponse d'un ci-devant gentilhomme cité

en 1793 devant le Tribunal révolutionnaire.

Comme le président d'assassins la définition est de Robespierre lui-même lui demandait son nom et ses qualités, l'accusé répondit :

— Je n'ai pas de nom, je ne suis rien ni personne. Autrefois on m'appelait le comte de Saint-Cyr, mais aujourd'hui il n'y a plus de comte, ni de « de », ni de saint, ni de sire. C'est même assez ennuyeux pour vous, car enfin il vous sera difficile de condamner à mort quelqu'un qui n'existe pas.

Pour en revenir à M. Octave Chenavaz, député radical de l'Isère, qui supprime Noël de son calendrier, cela doit joliment le contrarier d'être maire d'une commune dans le seul nom de laquelle il y a deux saints.

Le Figaro - 10 janvier 1897

 La visite du président de la Rép

La visite du président de la République à l'hospice des vieillards de Boulogne

Le président de la République, accompagné général Tournier, des commandants Humbert et Legrand et de M. Le Gall, a quitté, hier, l'Élysée, à deux heures vingt, pour inaugurer le nouvel hospice des vieillards de Boulogne sur Seine.

Reçu au milieu des fleurs, des drapeaux et des vivats par le ministre de l'intérieur, les présidents du conseil municipal de Paris et du conseil général, les préfets de la Seine, de-police, MM. Poirrier, sénateur; Rigaud, député; Escudier, Peyron, etc., M. Félix Faute a répondu aux allocutions de M. Jochum, maire de Boulogne; Gervais et de Selves, par la remise de la rosette d'officier de l'instruction publique à M. Jochum, des palmes académiques à MM. Chevalier, secrétaire de la mairie de Boulogne, Gionnier professeur à l'Association philotechnique, et de la croix du Mérite agricole à MM.. Vidal-Beaume et Chartier.

Au cours de la distribution des médailles d'honneur, l'un des médaillés, vieux garçon de chantier, comptant plus de trente ans de services, voulait absolument, dans sa joie, embrasser lé président.

― On ne donne l'accolade, lui a fait observer M. Félix Faure, que lorsqu'on remet la Légion d'honneur nous verrons plus tard.

La visite de l'hospice a commencé par les dortoirs des  femmes, s'est poursuivie par les bâtiments réservés aux hommes, les cuisines, la machinerie, et s'est terminée par les réfectoires, dans l'un desquels un lunch avait été servi.

M. Gervais, président du conseil générale a porté un toast à la santé du président de la République, qui s'est  retiré, très acclamé, ainsi que M. Barthou.

Le Matin ― 18 mars 1897

Le Journal de 1897

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Les textes en ligne sont des reflets de la société française de la fin du XIXème siècle. La question est : "le Monde change-t-il vraiment ?".

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